Qu’est-ce que l’éducation populaire ?

Dernière mise à jour : 30 septembre 2026

Jeunes années magazine n°6, 1963, fonds des Francas, archives du Val-de-Marne, 547J 195.

Une première approche

L’éducation populaire n’a pas de définition simple. On peut distinguer deux acceptions en partie complémentaires. La première met l’accent sur les projets qui visent à l’éducation du peuple, entendu comme les catégories sociales non privilégiées. L’objectif est de transformer l’individu pour transformer la société, dans le sens d’un retour aux valeurs chrétiennes que la Révolution française et l’industrialisation du XIXe siècle auraient bouleversées, ou au contraire avec l’objectif de consolider ou d’amplifier la rupture révolutionnaire en favorisant une citoyenneté républicaine ou en promouvant l’émancipation du prolétariat. La première acception met l’accent sur les idées, les valeurs et distingue des courants chrétiens, républicains, socialistes ou encore libertaires. La seconde met davantage l’acception sur les pratiques, en particulier pédagogiques : cours du soir, cercles d’études, conférences, universités populaires, patronages, colonies de vacances, républiques d’enfants, enquêtes, conférences gesticulées etc.
À partir de la fin du XIXe siècle, l’expression « éducation populaire » désigne progressivement des expériences éducatives qui ne relèvent pas de l’école, dont l’importance ne cesse de grandir : elles peuvent lui être liées (péri et postscolaires) ou être sans rapport avec elle (cercles d’études, mouvements de jeunesses catholiques, auberges de jeunesse, etc). Ce critère la distingue de l’Éducation nouvelle, née à la fin du XIXe siècle, avec qui elle peut partager des valeurs et des pratiques, comme le projet de former des individus responsables, épanouis et capables d’esprit critique, en privilégiant des méthodes actives et en valorisant une vision globale de l’éducation. Mais l’Éducation nouvelle ambitionne d’abord de transformer l’école, alors que l’éducation populaire, du moins au XXe siècle, se situe en dehors de celle-ci.

Les pratiques d’éducation populaire sont organisées de manière privilégiée dans le cadre d’associations. Celles-ci bénéficient à partir de la Libération, d’un agrément « éducation populaire » qui témoigne d’une forme de reconnaissance par les pouvoirs publics, qui accordent des subventions et soutiennent des actions de formation. Une direction de l’éducation populaire et des mouvements de jeunesse est fondée à la Libération au sein de l’administration de la Jeunesse et sports, qui a la tutelle du secteur.

Émerge alors un secteur dit « Jeunesse éducation populaire » (JEP) qui réunit associations d’éducation populaire et mouvements de jeunesse. Il se dote d’organisations spécifiques : Fonds de coopération de la jeunesse et de l’éducation populaire (FONJEP), Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d’éducation populaire (CNAJEP). À partir des années 1960, une part grandissante des activités d’éducation populaire sont encadrées par des animateurs salariés pour certains diplômés de formations professionnalisantes : on parle désormais d’animation socioculturelle, même si les valeurs de référence demeurent pour l’essentiel celles de l’éducation populaire. Les pratiques sont quant à elles de plus en plus orientées vers les loisirs éducatifs, amplifiant une tendance née dans les années 1920-1930. Les enjeux du rapport à la connaissance perdent de leur importance. Dans les toutes dernières années du XXe siècle naît un mouvement qui entend s’adresser aux adultes et remettre l’accent sur les savoirs. Il oppose l’éducation populaire à l’animation socioculturelle qu’il tient pour une dérive, même si beaucoup des acteurs et actrices de cette mouvance sont des salariés de l’animation.

547J1160_stage_animateurs_permanents_Centres-aérés_Francas_1966_3b.jpg
Couverture de livret de formation d’animateurs permanents en centres aérés,
1966, fonds des Francas, archives du Val-de-Marne, 547J 1160.

Pourquoi s’intéresser à l’histoire de l’éducation populaire ?

Un pan de l’histoire éducative

L’histoire de l’éducation ne se limite pas l’histoire de l’école. L’éducation populaire relève des activités parfois classées dans la catégorie « éducation non-formelle » : on y décèle toujours une intentionnalité éducative, mais le programme éducatif y est moins défini qu’à l’école, parfois non explicite et les figures et contextes éducatifs sont divers (pas d’équivalent de l’enseignant ou de la classe comme point de référence). Enfin l’éducation populaire ambitionne de s’adresser à toutes les tranches d’âges, même si dans les faits enfance et jeunesse ont constitué des publics privilégiés. Certains pans de l’éducation populaire relèvent de « l’éducation tout au long de la vie » dont « l’éducation permanente » (1955) qui met l’accent sur le fait que l’éducation ne s’achève pas avec la scolarité et qu’elle ambitionne de permettre aux adultes de prendre toute leur part dans la cité. Différentes formes d’éducation des adultes au XIXe siècle ont constitué des antécédents : les cours du soir, cours d’adultes constituent un pan très important de l’histoire des pratiques éducatives. Il en va de même du « stage de formation » à partir des années 1930 ou encore des promenades éducatives sans compter les innombrables jeux à ambition éducative.

Couverture d’un journal de camp au centre du Fieux, 1971,
Fonds des Loisirs éducatifs des jeunes sourds, archives du Val-de-Marne, 604J 31.

Un pan de l’histoire de la vie associative

Un grand nombre d’associations actuelles trouvent leurs origines dans l’éducation populaire au XIXe et au XXe siècles : associations sportives, amicales laïques. L’histoire des sociabilités dans le monde rural ou dans les nouveaux quartiers d’habitations des années 1960-1970 peut ainsi être retracée. Certaines associations davantage institutionalisées – celles du monde laïque après 1945 ou les MJC (Maisons des Jeunes et de la Culture) ou les centres sociaux – ont contribué à la naissance de politiques locales dans les domaines éducatif, culturel ou encore social. Enfin les associations d’éducation populaire et les mouvements de jeunesse ont constitué des viviers de militants qui se sont engagés dans la vie syndicale ou politique. Le dictionnaire biographique des militants Jean Maitron comporte beaucoup de notices d’hommes et de femmes engagés dans l’éducation populaire.

Une approche de l’histoire des pratiques culturelles et sportives

Au-delà de son intérêt propre, l’histoire de l’éducation populaire permet de documenter des pans entiers de l’histoire des pratiques culturelles et sportives, mais aussi du plein-air dans le cadre du temps libre.

Ainsi la diffusion de la cinéphilie a largement été le fait du cinéma dit éducateur puis des ciné-clubs des années 1950-1960. Il en va de même de nombreuses troupes de théâtre amateurs, de certains festivals, de certaines radio-libres des années 1980 ou encore de pratiques d’animation scientifique et technique. Les activités de plein-air (randonnées, campings) ont été promues par des associations d’éducation populaire, comme les auberges de la jeunesse et par les mouvements de jeunesse.

Stages "Lecture" et "Enquête" aux Marquisats : le cinébus, les stagiaire et le déchargement des livres du bibliobus. Cliché Henri Odesser, 24 septembre 1948. Arch. dép. Haute-Savoie, 49 Fi 630 

Bibliographie : pour en savoir plus sur l'éducation populaire

Retrouvez une sélection d'ouvrages et d'articles pour aller plus loin dans la connaissance des mouvements d'éducation populaire :
télécharger la bibliographie au format pdf

Partager la page

Suivez-nous sur le réseaux sociaux et abonnez-vous à notre lettre d’information