Quelles archives pour l’histoire de l’éducation populaire ?

Dernière mise à jour : 1 octobre 2026

Bibliobus Peuple et Culture d’Anncey, 1947, fonds Peuple et Culture, archives du Val-de-Marne, 522J 421.

L’importance des archives associatives et des fonds de militants : le rôle du Pajep

En raison de sa nature même, l’histoire de l’éducation populaire est d’abord documentée par les archives des associations, dont certaines remontent au XIXe siècle comme celle de la Ligue de l’enseignement fondée en 1866. Le maillage du territoire par de très nombreuses associations locales rend parfois difficile la saisie d’une vue d’ensemble du mouvement, même si après 1945 surtout, un grand nombre de ces associations locales appartiennent à des fédérations nationales comme la Fédération sportive catholique de France, devenue Fédération sportive et culturelle de France (FSCF), dont les racines remontent à 1898.

Une initiative originale de collecte, conservation et valorisation a vu le jour avec la création en 1999 du Pôle des archives des associations de jeunesse et d’éducation populaire (Pajep).

Le Pajep est régi par une convention signée par six partenaires :

Les actions du Pajep s’appuient sur un comité scientifique composé de représentants des six partenaires du pôle, de personnes qualifiées et de représentants du monde universitaire et de la recherche. Une commission d’entrée des fonds valide, quant à elle, les lieux de conservation des fonds pris en charge.

Un important travail de recensement des fonds et de collectes a été effectué. Pour les associations d’importance nationale, les fonds déposés sont consultables aux Archives départementales du Val-de-Marne et aux Archives nationales, centre de Pierrefitte-sur-Seine.

Le Pajep recense et abrite également des fonds de personnalités de l’éducation populaire, qui a été l’œuvre de militants et de militantes, certains s’y consacrant à temps plein devenant des «permanents».

Les archives de l’Église catholique et des autres confessions

Couverture de la revue Lettre aux aumôniers (1964), 
fonds Gérard Cholvy, archives nationales, 20140167/56.

L’éducation populaire a été largement structurée par les rivalités entre l’Église catholique et la République laïque, qui ont trouvé dans la question éducative un terrain privilégié. L’éducation populaire s’est donc inscrite dans la périphérie de l’école et dans celle de l’Église, et dans une moindre mesure des autres religions. Cela a d’importantes conséquences pour les archives :

Il peut être intéressant de consulter également :

En outre certaines actions d’éducation populaire ont entretenu des liens avec le mouvement ouvrier, en particulier les syndicats ou des partis politiques. Des éléments peuvent donc figurer dans des fonds d’archives syndicales, en particulier ceux de la CFDT et de la CGT, et dans ceux de comités d’entreprises – en particulier pour les colonies de vacances après 1945.

Les archives de l’État relatives à l’éducation populaire

L’État prend des mesures à propos de l’éducation populaire dès le XIXe siècle : surveillance des activités jugées subversives, soutien aux cours d’adultes par Victor Duruy sous le Second Empire, « relance des cours d’adultes » à la toute fin du siècle.

Dans les archives modernes d’avant 1940 déposés aux Archives départementales, beaucoup d’éléments concernant l’éducation populaire se trouvent dans les dossiers concernant l’Instruction publique (archives des inspections académiques ou encore papiers des préfectures concernant l’instruction).

Mais ce n’est qu’à partir du Front populaire avec l’action de Léo Lagrange et surtout à partir de la Libération et la création de l’administration Jeunesse et sports que prend forme une action publique véritable. On peut distinguer deux orientations. L’une découle de l’action des agents de cette administration, principalement les inspecteurs Jeunesse et sports qui veillent au respect du cadre réglementaire et assure un soutien aux actions associatives. Leur action se fait dans le cadre départemental ou académique puis régional. Dans les années 1960 leur action est renforcée par la déconcentration pionnière de cette administration. Plus spécifiques au secteur dit de « jeunesse éducation populaire » les instructeurs nationaux d’éducation populaire devenus en 1963 conseillers techniques et pédagogiques (CTP) puis conseillers d’éducation populaire et de jeunesse en 1986 (CEPJ) assurent des actions de formation des animateurs dans tout le territoire, selon leur domaine de compétence (art dramatique, danse, folklore, cinéma, etc.). L’autre découle de l’action dite indirecte c’est-à-dire des subventions versées par l’administration au monde associatif. En volume financier, cette action a toujours été plus importante et singularise l’action de l’État dans le domaine de la jeunesse éducation populaire. Cette originalité explique la création des organismes dits de cogestion des fonds publics entre le monde associatif, l’État et les collectivités locales dans les années 1960 : Cogedep, Cotravaux et surtout le Fonjep en 1964. L’Office franco-allemand de la jeunesse (OFAJ) en 1963 et l’Office franco-québécois de la jeunesse (OFQJ) s’apparentent à ces organismes et témoignent de l’importance des échanges internationaux dans les activités de jeunesse et d’éducation populaire.

Illustration de la revue L'Élan Jéciste (1947), fonds Gérard Cholvy, Archives nationales, 20140167/29.

Le Comité d’histoire des ministères chargés de la Jeunesse et des sports (CHMJS) propose sur son site des fiches repères sur l’histoire de cette administration (politique, corps, établissements) et organise régulièrement des manifestations scientifiques.

D’autres administrations ont également mené des actions. C’est le cas de l’Éducation nationale – dont Jeunesse et sports a été une composante jusqu’en 1959 et l’est à nouveau depuis 2020 – en direction des associations complémentaires de l’école publique (Ligue de l’enseignement, Centres d’Entrainement aux Méthodes d’Education Actives (CEMEA), Association Régionale des Œuvres Éducatives et de Vacances de l’Education Nationale (AROEVEN), Office Central de la Coopération à l’Ecole (OCCE), Francas, etc.) qu’elle a soutenues en mettant à disposition des enseignants et en versant des subventions. On y compte également le ministère de l’Agriculture qui soutient les foyers ruraux et d’autres associations et qui présente l’originalité d’avoir lié enseignement et animation, avec la création dans les lycées agricoles de l’éducation socioculturelle (ESC) à partir de 1966, qui vise le public des élèves mais aussi l’environnement local (rôle du foyer socio-éducatif). Le ministère de la Santé et surtout les Caisses d’allocations familiales (CAF) ont eu des actions importantes dans le domaine des colonies de vacances, plus récemment dans celui des accueils de loisirs sans hébergement et surtout des centres sociaux et des foyers de jeunes travailleurs. Le ministère de la Construction a également soutenu l’action des Foyers de jeunes travailleurs. D’autres sources pourraient être trouvées dans les archives de ministère de l’Intérieur, de la Défense ou encore des Affaires étrangères.

Les archives des collectivités locales relatives à l’éducation populaire

Les conseils généraux puis départementaux et les conseils régionaux n’ont pas eu beaucoup d’actions dans le domaine jusqu’à une date récente mais il existe des exceptions, en particulier dans le domaine des colonies de vacances. Les communes ont été les principaux interlocuteurs et soutiens des associations d’éducation populaire, mais aucune obligation ne s’impose à elle, à la différence de ce qui prévaut dans le domaine de l’éducation scolaire. Certaines communes se sont illustrées par l’importance et la précocité de leur soutien : la municipalité de Lyon dès la fin du XIXe siècle, Annecy ou Rennes après 1945. Les municipalités communistes de la banlieue rouge parisienne, dans une moindre mesure également de certaines municipalités socialistes, constituent des cas spécifiques avec des politiques menées par des agents municipaux dans des équipements municipaux et non uniquement un soutien à des associations.

Il faut noter qu’une part importante des fonds des archives municipales concernent les équipements socio-éducatifs, souvent propriété communale : bâtiments des MJC, centres aérés, colonies de vacances etc.

Chantier du service volontaire international, sd, fonds des amis du SCI,
branche française, archives nationales, 2014066/414

 

Faire l’histoire d’une association d’éducation populaire

L’ADAJEP (Association des déposants aux archives de la jeunesse et de l’éducation populaire) mène un travail de sensibilisation aux archives auprès du monde associatif. Elle incite à préserver, éventuellement déposer les fonds mais également à les valoriser auprès des membres ou partenaires des associations. Elle produit régulièrement des fiches MEMOJEP qui répondent aux questions des associations mais qui peuvent également intéresser toute personne qui souhaite mener une recherche sur l’éducation populaire.


Indications complémentaires pour mener une recherche sur FranceArchives :

  • Pour mener une recherche sur l'éducation populaire dans des fonds d'archives ministériels (et dans ceux de certaines associations), vous pouvez consulter les notices producteurs des Archives nationales : elles présentent les institutions ayant produit des archives sur le sujet (historique, organisation, liens vers les documents et/ou les inventaires, etc.)
  • Vous pouvez également lancer une recherche dans le moteur de recherche de FranceArchives sur les fonds indexés avec l’autorité de qualité « éducation populaire ». Comme la requête donne beaucoup de résultats, vous pouvez utiliser les filtres à facettes (navigation verticale à gauche de l’écran) pour réduire leur nombre. Cela permet d’affiner la recherche en : recherchant de nouveaux mots clés dans les résultats obtenus ; en cherchant par lieu de conservation (archives nationales, départementales, municipales, etc) ; en cherchant par producteurs d’archives (l'institution, l’association ou encore la personne qui a produite l’archive qui a ensuite été déposée dans un lieu de conservation) ; ou encore en effectuant une recherche par date sur une année particulière ou sur une période.
    N’hésitez pas non plus à utiliser les opérateurs booléens (et, ou) pour construire des requêtes plus complexes. Leur utilisation est explicitée dans notre FAQ.
  • Enfin, vous pouvez également effectuer un type de recherche classique en archivistique : identifier le producteur de l’archive qui vous intéresse (par exemple une association, comme dans les pages de ce dossier), le chercher dans FranceArchives et explorer ses inventaires en naviguant dans leur arborescence.

Partager la page

Suivez-nous sur le réseaux sociaux et abonnez-vous à notre lettre d’information