Forêts perdues, forêts retrouvées
Dernière mise à jour : 19 août 2021
Une publication des Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 1997, 91 pages
Y a-t-il un point commun entre l’intérêt que suscita la forêt au Moyen Âge et jusqu’à une période avancée de notre époque, et ce qu’elle représente aujourd’hui ?
Source avant tout de richesse, par l’exploitation du bois, des plantes, des animaux qui s’y développent, elle est convoitée par les possessionnés d’alors, seigneurs laïcs, ecclésiastiques ou religieux, qui s’évertuent à en conquérir la meilleure part, relayés ou combattus avec le temps par la puissance comtale puis royale, tous la défendant, chacun à son heure et avec ses propres moyens, par une sévère réglementation, aux motivations mêlées de profit personnel, évoluant toutefois vers la protection d’un bien précieux pour tous. Les communes ne s’y tromperont pas lorsque la Révolution leur permettra de la « récupérer » à leur profit. Et d’y développer des activités et des savoir-faire, d’une génération à l’autre, avec grande ingéniosité.
Mais la forêt, c’est aussi, dans un coin de la mentalité des anciens, et sans doute aussi des modernes, un lieu de rêve, de mystère, de peur : le loup existe bien, il n’y a pas si longtemps, et il est présent dans la vie et les pensées des hommes ; les brigands aussi. Dans la forêt il fait sombre, on peut se cacher, mais on peut aussi être vu sans voir soi-même. De jour comme de nuit, c’est une masse sombre qui inspire le poète ou le peintre, et où l’on peut trouver la paix. Elle inspire, et elle tranquillise.
De son village ou de la ville, l’homme y tend encore, et cherche comment la rapprocher de lui : parcs, jardins, simple couronne ou allée de plantes sur une place villageoise, il en prend le symbole et la force, la beauté et la simplicité.
De cette évolution, les Archives peuvent être les témoins, par ce florilège de documents qu’elles présentent réunis – parchemins, papiers, objets, issus de leurs fonds multiples, administratifs ou privés – et qui, sans le savoir, contribuent à la faire revivre autrement. Forêt non plus en grandeur réelle, certes, mais forêt de papiers et d’écrits. N’est-ce pas une manière de reconnaître que le papier, lui aussi, est issu d’elle ?
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