Le Gers a 200 ans

Dernière mise à jour : 6 juillet 2023

Une publication des Archives départementales du Gers, 1990, 171 pages

Dans la généralité d’Auch qui, au temps de l’intendant d’Étigny (1751-1767) connut une superficie égale à celle de l’actuelle Belgique, les Constituants taillèrent au mois de janvier 1790, le département de l’Armagnac, qui allait prendre très rapidement le nom de « Gers » et former le cœur de la Gascogne.

Il naquit, comme tous les autres, du besoin partout exprimé de simplifier et de rendre plus rationnel l’exercice de l’administration du royaume, d’introduire plus d’efficacité et d’équité dans son fonctionnement, de clarté dans le découpage du territoire. Critiquée pour son caractère abstrait à ses origines, cette création révolutionnaire est devenue aujourd’hui et depuis maintenant deux siècles une réalité dans la vie quotidienne des Français. La carte des départements est, dans sa grande majorité, devenue telle que l’avaient conçue les représentants de la Nation.

Le fait régional n’a pas fait disparaître le fait départemental. Avant même qu’elle ait donné une constitution à la France, l’Assemblée nationale institua le Conseil général du département. Dès sa naissance, celui-ci fut déclaré majeur, et commença par s’administrer lui-même. Mais cette majorité ne lui fut reconnue que pour peu de temps. Sous le Consulat et l’Empire, les conseillers nommés et non plus élus étaient soumis à l’autorité du préfet. De 1814 à 1848, cette assemblée, issue d’un scrutin censitaire étroit, ne fut qu’une chambre consultative de bourgeois et de nobles dociles. Les ides de mars 1848 ne changèrent rien à sa composition. Le régime césarien qu’elle vénérait et qu’elle vénérera longtemps après la chute du Second Empire avait dissipé sa peur des « rouges », assuré la prospérité matérielle, maintenu les privilèges sociaux de sa clientèle électorale.

Ce n’est qu’en 1892, que les républicains finiront, malgré leurs divisions par triompher des conservateurs cléricaux. Le « ralliement », prêché par le pape Léon XIII, le permit. Mais la lutte devint sévère quand fut appliquée la politique de défense républicaine de Jules Ferry. La séparation de l’Église et de l’État (9 décembre 1905), la dévolution des biens du diocèse, en 1912, au département permettra ainsi à ce dernier de transférer à Beaulieu la Ferme-École de La Houne.

Les « trente glorieuses » (1945-1975) se traduisirent dans le Gers par une modernisation accélérée de l’économie agricole, une politique courageuse d’investissements (électrification rurale, maîtrise de l’eau, développement du budget social).

Jusqu’à la loi Defferre (2 mars 1982) le Conseil général va rester en tutelle. Ses réalisations importantes, et qui se soldent par la multiplication des centimes additionnels « aux quatre vieilles » (contributions foncière et mobilière, patente, impôt sur les portes et fenêtres), sont le fruit d’un compromis entre un préfet qui prépare le budget primitif et le Conseil qui l’amende. Quand le pouvoir central incarné par son représentant, le préfet et la majorité des conseillers sont de la même appartenance politique, les accords sont généralement faciles. Il n’en est pas toujours ainsi…

Enfin, la loi de décentralisation, en cette fin de siècle, va renouer avec celle du début du siècle précédent. De nouveau, le département est adulte. Cette liberté, qui permet toutes les interventions, y compris d’ordre social et économique, exige le sens des responsabilités, la volonté, par l’investissement, de préparer l’avenir.

Retrouvez les inventaires des Archives départementales du Gers.

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