René Monory (1923-2009)
Date :
1880 - 2013
Contenu :
Le fonds est nettement subdivisé en deux sous-ensembles :
1. Un important ensemble de photographies illustrant abondamment de très nombreux aspects de la vie de René Monory, et en particulier la totalité de ses mandats politiques locaux et nationaux. Cet ensemble porte les cotes 38 Fi 1 à 1377.
2. Un ensemble plus modeste de documents écrits documentant les mêmes éléments. Cet ensemble porte les cotes 138 J 1 à 32.
Les documents écrits ont été répartis en trois ensembles : les documents relevant de la vie personnelle et familiale de René Monory, ceux issus de ses fonctions locales, du moins certaines d'entre elles, et enfin ceux issus de ses fonctions nationales.
Les photographies obéissent à la même répartition, à ceci près qu'on a classé à part les portraits (officiels ou non) de René Monory. Qui plus est, autant les documents écrits sont d'une inégale richesse d'un aspect à l'autre de la vie de René Monory, autant les photographies en offrent une illustration beaucoup plus systématique.
Concernant les photographies, une place particulière a été faite aux albums réalisés par Suzanne Monory (38 Fi 815 à 1368). Les clichés figurant dans ces albums en ont été retirés puis conditionnés dans des classeurs de conservation. Les albums d'origine n'ont pas été conservés car ils étaient peu compatibles avec les nécessités de la conservation à long terme des clichés : quelques photographies de ces albums ont été réalisées afin d'en garder la trace. En revanche, la structure des albums a été préservée : les photographies qui les composaient sont présentées dans le même ordre que dans les albums d'origine, dans la mesure où cet ordre illustre les aspects de la vie et de la carrière de son mari que Suzanne Monory avait choisis de mettre en avant. Sous cet aspect, Suzanne Monory peut légitimement être considérée comme une des principales productrices du fonds, au moins pour sa partie photographique, même si elle n'a probablement elle-même réalisé aucun des clichés qui le composent.
Cote :
38 Fi 1-1377 ; 138 J 1-32
Publication :
Archives départementales de la Vienne
2024
Poitiers
Informations sur le producteur :
Monory, René (1923-2009)
René Monory, né le 6 juin 1923 à Loudun dans la Vienne est une figure politique marquante du département de la Vienne. Son action est encore visible aujourd'hui, cent ans après sa naissance, tant à l'échelle régionale que nationale. René Monory aura en effet eu un impact sur la Vienne mais aussi bien au-delà, du fait des multiples fonctions qu'il a exercées : en tant qu'élu local, notamment au titre de maire de Loudun et de Président du conseil général de la Vienne, mais aussi en tant que ministre et Président du Sénat. Ces différentes fonctions ainsi que son ambition en faveur de l'international et de la modernité se sont notamment concrétisées par l'œuvre majeure pour lequel il reste reconnu, le Futuroscope.
1. Eléments personnels et biographiques
René Monory, né René Claude Aristide Monory le 6 juin 1923 à Loudun, dans la Vienne, est issu d'un milieu rural et poitevin. Il provient d'une famille composée majoritairement de cultivateurs, pour la grande majorité du Centre Ouest. Sa grand-mère paternelle exerçait un métier qui disparut à la fin du XIXème siècle : parcourant la campagne en charrette, elle vendait des moules et des sardines dans les villages. Son père, Aristide Claude Monory, avait passé son certificat d'étude et avait fait un apprentissage pour devenir mécanicien. A la suite de celui-ci, il entreprit de réaliser un « Tour de France », parcourant le territoire national pour parfaire la connaissance de son métier, avant de revenir à Loudun et y installer un garage : le garage Monory. La mère de René Monory, Marguerite Alice Devergne, est, elle, originaire de la Creuse, d'où elle a migré pour plus de prospérité, ayant eu une enfance difficile liée aux conditions de cultivateurs de sa famille et du décès de son père lorsqu'elle était jeune.
1.1. Jeunesse
Bon à l'école, le jeune René Monory, récompensé de billets de satisfaction et de tableaux d'honneur, fit les débuts de sa scolarité à l'école publique de garçons de Loudun. En avance, il sauta deux classes, tant et si bien que durant sa scolarité au collège professionnel de Thouars, où il était pensionnaire, il se présenta pour passer son brevet professionnel à 14 ans lorsque la loi exigeait d'en avoir 16. Devant alors attendre, il décida de préparer en parallèle son brevet élémentaire. C'est à cette époque qu'il rencontra, à l'occasion d'un mariage, Suzanne Cottet, avec qui il se mariera le 9 juin 1945 et aura une fille en 1951, Michèle. Ayant obtenu ses diplômes, René Monory devient le 2 juillet 1939 l'apprenti de son père au garage.
Deux mois après, le 1er septembre 1939, débute la Seconde Guerre mondiale. Son père est mobilisé. Au garage, les conséquences de la guerre sur l'activité professionnelle sont rudes, notamment dues aux nombreuses réquisitions de véhicules. Le travail est dur et doit se faire avec des moyens rudimentaires. Alors qu'il avait ainsi 16 ans, René Monory entreprit, avec quelques-uns de ses camarades et les moyens à leur disposition, de transformer une fourgonnette de marque Rosengart en voiture électrique, une première dans la région. La pénurie d'essence les força ensuite à se tourner vers la réparation de bicyclettes. Il a aussi équipé de gazogènes des voitures essence. Un jour, il procéda sous la menace à la réparation d'un camion allemand qui avait été attaqué par des maquisards.
En 1943, il est convoqué au Service de travail obligatoire (STO). Réfractaire, il se cachera pendant un an afin d'y échapper.
Fin 1944, après la libération de la Vienne, il s'engage pour trois ans dans l'aviation, dans le cadre des services français dans les territoires occupés. Sa compagnie sera consignée quelque temps à Tours en raison de la rougeole puis il sera transféré dans le Jura, à Foucherans. Toujours dans l'armée de l'air, il s'engage ensuite comme mécanicien pour un convoi jusqu'en Allemagne : c'est ainsi à Rottweil, commune du sud de l'Allemagne, qu'il obtient l'accord de sa hiérarchie pour s'y marier. Dans le courant de l'année 1946, il est de retour avec son épouse au garage de Loudun.
1.2. « Le garagiste de Loudun »
Le garage Monory fut fondé en 1921 par le père de René Monory dans un contexte de développement de l'automobile, sa mère gérant la comptabilité. René Monory, qui prend goût pour l'automobile en travaillant au garage pour aider ses parents, s'oriente vers des études professionnelles. Au sortir de la guerre, pour lutter contre la difficile reprise économique, le garage se lance sur le marché de l'occasion, René Monory effectuant lui-même des trajets jusqu'à la capitale pour trouver des voitures à revendre dans le Loudunais. Son père lui cède ensuite le garage. René Monory sera alors le président-directeur général de la Société Monory jusqu'à sa nomination de ministre, à la fin des années 1970. La société fut aussi connue sous le nom de Société loudunaise de combustibles, René Monory ayant ajouté, en plus de la concession automobile, une entreprise de carburants, commençant à vendre du fuel à partir de 1965. En plus des voitures, le garage vendait aussi des tracteurs et des machines agricoles. A la tête du garage, René Monory a fortement développé la politique commerciale de l'entreprise. Ainsi, l'organisation d'un gala de variétés en 1958, à l'occasion de la sortie du nouveau tracteur Massey-Ferguson, avec la présence de vedettes parisiennes de la chanson, a valu au garage une véritable popularité dans tout le Loudunais.
1.3. Une passion pour le sport
René Monory était notamment adepte de chasse, de tennis de table, ayant été pendant un temps l'un des quinze meilleurs joueurs français, de pétanque, qu'il a pu exercer aux côtés de personnalités reconnues comme Henri Salvador, avec qui il s'était lié d'amitié. Mais il était surtout connu pour sa passion pour la pêche, aimant notamment pratiquer la pêche au gros : il a un temps fait partie de la fédération de la Vienne pour la pêche et la protection du milieu aquatique. Il avait surtout établi le 9 juillet 1984 un record du monde en pêchant à Dakar, au Sénégal, un espadon de 46,7 kg avec un fil de 12 mm.
1.4. Décès et obsèques
René Monory meurt le 11 avril 2009 à Loudun, âgé de 85 ans. Ses obsèques se sont déroulées le 16 avril 2009 à l'église Saint-Pierre de Loudun. Etaient notamment présents le Président de la République en exercice, Nicolas Sarkozy, et son Premier Ministre, François Fillon, ainsi que le président du Sénat, Gérard Larcher. Ont aussi assisté à la cérémonie des personnalités politiques qu'il a pu côtoyer tout au long de ses mandats : Jean-Pierre Raffarin, qu'il a guidé en politique, Valéry Giscard d'Estaing, ou encore Simone Veil.
2. L'élu local
2.1. René Monory, maire de Loudun
René Monory entre en politique en se présentant aux élections municipales d'avril 1953, sur une liste d'opposition au maire sortant Marc Godrie. Il n'est pas élu maire dès ce scrutin mais obtient tout de même un siège de conseiller municipal. C'est lorsqu'il se représente une deuxième fois, aux élections municipales de mars 1959, qu'il devient maire de Loudun. Il le restera quarante ans jour pour jour, jusqu'au 20 mars 1999.
2.1.1. Moderniser et revitaliser la ville de Loudun
Le nouveau maire se lance alors dans un réaménagement de la ville, visant à revitaliser Loudun, dont la population était déclinante. René Monory cherche surtout à lutter contre l'exode rural et la désertification des petites villes que l'on pouvait observer un peu partout en France après la Seconde Guerre mondiale. Pour cela, il met en place différents plans de logements en zones rurales, notamment pour les personnes les plus défavorisées, privilégiant toujours les logements individuels et la propriété à la location. En sa qualité de président de l'office départemental d'HLM, il fit également rénover des immeubles de logements et des lotissements.
René Monory cherche aussi à augmenter l'attractivité du Loudunais, à travers l'installation de nouveaux équipements comme la piscine ou le centre culturel. Il fait installer l'hôpital de Loudun dans de nouveaux locaux, inaugurés en présence de la ministre de la Santé de l'époque, Simone Veil. Dans le domaine scolaire, le lycée de Loudun est rénové, un collège et un lycée professionnel sont inaugurés ainsi que des classes élémentaires et maternelles.
Mais cette modernisation de la ville passe surtout par l'implantation d'une zone industrielle moderne. Pour cela René Monory continue les efforts effectuées pendant qu'il était conseiller municipal. En effet, le 10 mars 1955, le conseil municipal avait baissé la patente, c'est-à-dire les taxes pour les industriels souhaitant s'implanter sur la commune Loudunaise. René Monory a raconté lui-même comment il avait, malgré les critiques, fait construire des usines et les avaient revendues sur douze ans aux industriels s'implantant dans la nouvelle zone. C'est d'ailleurs la société Monory S.A. qui sera la première à s'y installer en 1975.
René Monory opéra aussi cette modernisation via la construction de nouvelles infrastructures. Disposant lui-même d'un brevet de pilote privé d'avion depuis 1955 et ayant effectué son service militaire dans l'armée de l'air, il entreprend en 1957 de doter Loudun d'un aérodrome sur le plateau de Bellevue, au nord de la ville. L'opération est un franc succès comme en témoigne l'inauguration du site le 13 juillet 1958 : un meeting aérien est organisé, avec notamment la plus célèbre patrouille acrobatique d'Europe de l'époque, des as de l'aviation et des parachutistes, dont Colette Duval, célèbre parachutiste, mannequin et comédienne française.
2.1.2. Un pionnier de l'intercommunalité
Les mandats de René Monory à la mairie de Loudun sont aussi marqués par une initiative novatrice : la constitution en mars 1973 d'une des premières structures intercommunales de France, le Syndicat intercommunal de solidarité pour l'expansion du Loudunais (SISEL). Il regroupait alors dix des douze communes du canton de Loudun, puis fut en 1975 élargi aux quatre cantons du Loudunais. En 1993, le SISEL est devenu la Communauté de communes du Pays Loudunais (CCPL, dénomination utilisée seulement depuis 2001). Elle regroupe aujourd'hui 45 communes et 7 communes associées et couvre plus de 800 km2 au nord-ouest du département. René Monory en fut le président de 1973 à 2002, puis le président honoraire à partir du 13 janvier 2003. Le SISEL a notamment permis la construction de nombreuses salles polyvalentes dans les différentes communes qui le composaient. C'est aussi par l'intermédiaire du SISEL que René Monory a pu par exemple créer un golf dans la commune de Roiffé.
2.2. A la tête du Conseil général de la Vienne
La carrière politique régionale de René Monory continue au sein du Conseil général de la Vienne, qu'il rejoint en 1961 en tant que conseiller. Il est ensuite élu le 18 mars 1977 Président du Conseil général de la Vienne. Il le reste ensuite pendant 27 ans, jusqu'au 2 avril 2004. Il sera aussi en parallèle Président du conseil régional de Poitou-Charentes, dont il était conseiller dès 1973, entre le 25 mars 1985 et le 16 mars 1986.
2.2.1. Un atout essentiel : la décentralisation
A partir des années 1980, ses mandats sont marqués par de nouvelles initiatives telles que la première convention Etat-département de France sur l'hébergement et le travail des personnes en situation de handicap. Cela fut en grande partie rendu possible par un des principaux changements institutionnels ayant eu lieu après l'élection de François Mitterrand : le début de la décentralisation, qui restitue une partie du pouvoir de l'Etat aux instances locales, principe désormais mentionné dans l'article 1er de la Constitution. Il s'agit là de l'« Acte I de la décentralisation » suite à la promulgation de la loi Deferre le 2 mars 1982. Celle-ci dote notamment le président du Conseil général du pouvoir exécutif dans le département, en faisant une collectivité territoriale à part entière, avec un pouvoir de décision et de prise d'initiative fort que défendit René Monory. Celui-ci installe alors symboliquement ses bureaux au centre de l'hôtel de la préfecture. Il s'attelle ensuite à mettre en place la nouvelle répartition des missions entre les services de l'Etat et ceux du département.
2.2.2. De grands projets pour la Vienne
Sans attendre la décentralisation, dès 1978, René Monory, alors ministre de l'industrie, avait favorisé l'implantation des fonderies Renault dans la Vienne, à Ingrandes, au nord de Châtellerault. Les Fonderies du Poitou démarrent ainsi leur production en 1981.
René Monory œuvra aussi pour l'implantation de la centrale nucléaire de Civaux. Il justifiait cette orientation par le besoin de dynamiser le sud de la Vienne et par la volonté de contribuer à l'indépendance énergétique de la France. Il manifestait aussi par là son intérêt pour ce qui était alors une technologie de pointe. La décision fut prise en 1980 dans un contexte de forte opposition écologiste déclenchant de nombreux débats et manifestations, y compris dans la Vienne. Malgré tout, la centrale est déclarée d'utilité publique en juillet 1983 et entre en service en 1997.
Pour continuer ses efforts de dynamisation du sud du département, René Monory prit l'initiative d'implanter un circuit automobile au Vigeant : le Circuit du Val de Vienne ouvrit ses portes en 1990. René Monory, par sa formation de mécanicien et son métier de concessionnaire, avait en effet un attrait pour l'automobile et en particulier pour les sports automobiles. En effet, il fut membre de la Fédération française des sports automobiles entre 1954 et 1958, puis membre de l'association sportive de l'Automobile club de l'ouest et fut l'un des rares amateurs à avoir participé aux 24 Heures du Mans. Dans le Loudunais, il avait par ailleurs déjà implanté une piste de karting à Bournand.
Jusqu'à la fin de son dernier mandat de Président du conseil général, René Monory aura cherché à dynamiser le territoire de la Vienne. Ainsi, au début des années 2000, il avait lancé un autre projet de valorisation du département, le Naturascope, qui devait ouvrir ses portes en mai 2004. La volonté était d'établir un parc d'attraction, d'information et de recherche sur l'environnement et sa protection aux abords de Monts-sur-Guesnes, mais le projet fut avorté suite à des difficultés économiques et juridiques, ainsi qu'à l'opposition de riverains et de groupes écologistes.
Les différents mandats de René Monory à la présidence du Conseil général de la Vienne sont aussi marqués par la volonté d'élargir l'accès à l'informatique notamment dans le milieu scolaire. Dans un contexte d'informatisation graduelle de l'enseignement à l'échelle nationale via les plans « Informatique pour tous », est ainsi lancé au début des années 1980 le premier plan informatique départemental, afin de doter les établissements scolaires de matériel informatique. Est créé en parallèle au sein du département une entité juridique spécialisée dans ces questions et un service de maintenance. Un deuxième plan verra le jour en 1996 : le premier plan Internet du département, visant à doter tous les établissements scolaires de la Vienne d'un accès Internet et d'un poste informatique pour 10 élèves. A partir de 2001, le département de la Vienne sera aussi l'un des quatre premiers à se lancer dans la numérisation de ses archives : les registres d'état civil de toutes les communes de la Vienne sont finalement consultables en ligne dès 2006.
3. Mandats nationaux
3.1. Au Sénat
La carrière politique de René Monory a pris une toute autre dimension lorsqu'il parvint à obtenir des mandats à l'échelle nationale. Il avait commencé en étant le suppléant de Pierre Abelin, alors maire de Châtellerault, lorsqu'il fut élu député de la Vienne en 1967. Peu après cette campagne électorale, René Monory dépose à son tour sa candidature, cette fois aux élections sénatoriales : il est élu sénateur de la Vienne au second tour le 4 septembre 1968. Au Sénat, il obtient une place à la commission des finances. Il devient ensuite rapporteur de la jeunesse et des sports et enfin rapporteur général du budget en 1977. Il restera au Sénat jusqu'au 30 septembre 2004 et aura donc été sénateur pendant 36 ans.
Entre temps, le 2 octobre 1992, René Monory avait été élu Président du Sénat, face à Charles Pasqua. Il succède alors à Alain Poher, et occupe cette fonction jusqu'à son retrait, le 30 septembre 1998, laissant alors la place à Christian Poncelet.
Son mandat en tant que deuxième personnage de l'Etat est marqué par ses efforts d'information et de décentralisation. Il crée ainsi en janvier 1998 au Sénat un service destiné à informer les sénateurs sur ce qui se passe à l'échelle locale. Ce faisant, il prolonge à l'échelle nationale la politique qu'il menait déjà à la mairie de Loudun, où il rendit public dans le bulletin municipal de la ville les décisions du conseil municipal, notamment sur les questions budgétaires. Il contribua aussi fortement à la modernisation du Sénat. L'informatisation du Sénat débute en 1993 avec la mise en place d'un service de l'informatique et du développement technologique. En 1995, le site internet du Sénat fut lancé, le Sénat devenant ainsi l'une des premières institutions publiques françaises à en disposer. Au gré de ses déplacements officiels en tant que Président du Sénat, il démontre son attachement pour ce qu'on appelait encore les nouvelles technologies de l'information et de la communication, ou NTIC. Il aura notamment visité à plusieurs reprises la Silicon Valley californienne et rencontré le 5 février 1997 à Paris le milliardaire et cofondateur de Microsoft Bill Gates.
3.2. Au gouvernement
Vingt ans plus tôt, le 30 mars 1977, René Monory devient ministre au sein du gouvernement de Raymond Barre, alors Premier ministre de Valéry Giscard d'Estaing. Raymond Barre rapproche alors deux ministères, celui de l'industrie et celui du commerce et de l'artisanat, et place René Monory à leur tête. Il y restera un an, jusqu'au 31 mars 1978, date à laquelle Valéry Giscard d'Estaing lui propose le poste de ministre de l'économie, qu'il occupera jusqu'au 13 mai 1981. Au cours de ce mandat, il a notamment laissé son nom à une loi : la loi du 13 juillet 1978 relative à l'orientation de l'épargne vers le financement des entreprises, dite « loi Monory ». Cette loi œuvrait pour la libéralisation des prix et encourageait la prise de pouvoir décisionnel des chefs d'entreprises ainsi que l'épargne et l'actionnariat.
Entre janvier et mai 1981, il fut Président du comité intérimaire du Fonds monétaire international (FMI), et fut le premier à ce poste à ne pas parler anglais. Il y mit notamment en pratique son intérêt pour la coopération internationale qu'il avait déjà pu démontrer dans le cadre de ses mandats locaux.
Quelques années plus tard, dans le contexte de la première cohabitation, René Monory est nommé ministre de l'éducation nationale par le Premier ministre, Jacques Chirac. L'élu dont les études s'étaient pourtant arrêtées au primaire supérieur prend donc la tête du ministère de l'éducation nationale, du 20 mars 1986 au 10 mai 1988. Le 29 juillet 1988, il est promu commandeur dans l'ordre des Palmes Académiques pour services rendus à l'éducation nationale par décret du Premier ministre Michel Rocard. Son mandat est marqué par les nombreuses manifestations et contestations étudiantes à la suite du projet de réforme universitaire porté par son ministre délégué à l'enseignement supérieur, Alain Devaquet. C'est à la suite de la mort de l'étudiant Malik Oussekine, décédé sous le coup de violences policières le 6 décembre 1986, que René Monory décida de retirer le texte de loi pour apaiser la situation. Son passage au ministère de l'éducation nationale fut aussi marqué par le Plan pour l'avenir de l'éducation nationale, présenté le 15 décembre 1987. Etant attaché à la formation des jeunes, René Monory souhaitait avec ce plan faire en sorte que 70% des élèves obtiennent leur baccalauréat, quand ils étaient seulement 42% à l'époque. Le plan visait aussi au recrutement de nouveaux enseignants et enseignantes, à des revalorisations de salaire, à donner plus de pouvoir d'initiative aux établissements et à une utilisation croissante de l'informatique dans l'enseignement, via notamment le développement de logiciels éducatifs.
4. Une volonté d'ouverture internationale
4.1. Construire 40 ans de relations internationales à Loudun
La volonté d'ouverture internationale de René Monory est évidente dès son premier mandat de maire de Loudun. Celui-ci est marqué par la création de jumelages internationaux, existant toujours aujourd'hui.
Dès son élection à la mairie de Loudun, René Monory adhère au réseau des communes de l'Europe et à l'association mondiale des villes jumelées, ce qui le conduit à beaucoup de visites à l'étranger.
Un premier jumelage est conclu le 21 mai 1961 avec la ville de Leuze en Belgique. Le 17 mai 1986, à l'occasion du 25e anniversaire de ce jumelage, un diplôme d'honneur lui est remis par la ville de Leuze en témoignage de son active fidélité à l'esprit de jumelage.
De fait, René Monory avait participé en 1967 au congrès de la fédération mondiale des villes jumelées à Moscou et avait conclu là-bas un deuxième jumelage, cette fois entre Loudun et Ouagadougou, capitale de la Haute-Volta, aujourd'hui Burkina Faso, qui avait pris son indépendance sept ans plus tôt. Il s'agit alors d'un des premiers jumelages entre une commune française et une localité d'Afrique. Avec ce jumelage, René Monory souhaitait déjà bâtir une véritable coopération décentralisée. Les deux villes se retrouvent donc liées, comme leurs deux maires, qui se lient d'amitié. Le jumelage entre les deux villes permet de construire de nombreuses infrastructures à Ouagadougou et de réaliser de nombreux échanges scolaires. La boucle est bouclée lorsqu'en 1968 Ouagadougou signe à son tour un accord de jumelage avec Leuze en Belgique. Trente ans plus tard, le jumelage était encore vivace : René Monory est nommé le 16 novembre 1999 docteur honoris causa de l'Université de Ouagadougou.
Entre temps, deux nouveaux jumelages avaient été conclus par René Monory : en 1978 avec la ville de Thibodaux en Louisiane et en 1981 avec Shippagan, ville canadienne en Acadie. Ce dernier jumelage est notamment motivé par des raisons historiques liant le Poitou et l'Acadie : nombreux furent les Poitevins parmi les colons du Nouveau Brunswick au XVIIème siècle. Ce jumelage, réalisé à la suite de nombreux déplacements de René Monory au Canada dans les années 1980, permit des liens culturels, touristiques, économiques et scolaires. Là encore, René Monory se verra nommé docteur ès sciences sociales par l'Université de Moncton à Shippagan en 1997.
René Monory a été en 1985 à l'initiative d'un dernier jumelage, entre sa commune et la ville espagnole de Burgos. En effet, saint Aléaume, vénéré à Burgos, serait né à Loudun vers 1035.
Loudun avait organisé trois ans plus tôt en 1982 un rassemblement des jeunes issus des villes avec lesquelles elle est jumelée, démontrant ainsi toute l'importance des liens académiques entre les différentes villes concernées.
4.2. Donner une dimension internationale au Sénat
Le tropisme international de René Monory trouva aussi évidemment à s'exprimer au Sénat : lors de ses différents mandats de Président du Sénat, il innova pour accentuer l'ouverture internationale de l'institution. Il crée notamment en mai 1993 une division des relations internationales. Par la suite, on croise dans les couloirs du palais du Luxembourg beaucoup plus de stagiaires et de visiteurs étrangers. Il aura aussi accueilli au Sénat de nombreuses personnalités du monde entier. Ainsi, c'est à son initiative que plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement y sont reçus, certains pour la première fois, en particulier le chancelier allemand, Helmut Kohl, le 13 octobre 1993, ou le Premier ministre canadien, Jean Chrétien, le 1er décembre 1994, avec qui il s'était lié d'amitié.
Le sénateur, accueilli parfois comme un chef d'Etat, fut connu pour ses liens avec l'Afrique francophone, multipliant les déplacements au Burkina Faso, au Sénégal et au Gabon, où il se lie d'amitié avec le Président Bongo qui lui remet en 1998 la plus haute distinction gabonaise.
5. Le Futuroscope
René Monory restera sans doute surtout connu pour avoir été à l'initiative du Futuroscope lorsqu'il était Président du Conseil général de la Vienne. Pour relever l'attractivité du département dans les années 1980, René Monory eut l'idée d'un « parc de l'image », lui-même intégré dans une vaste zone divisée selon trois grands thèmes : formation, travail et loisirs. Le parc, pensé et voulu comme une vitrine des savoirs et des innovations technologiques, ainsi qu'un moyen de mise en avant du patrimoine local, ouvrit ses portes le 31 mai 1987. Il a depuis son ouverture accueilli plus de 50 millions de visiteurs, y compris des personnalités françaises et étrangères, et créé de nombreux emplois. Le Futuroscope reste aujourd'hui un des parcs d'attractions les plus fréquentés de France ; sa notoriété fut et reste donc déterminante dans le rayonnement du département de la Vienne.
5.1. A l'origine d'un projet...
C'est le 23 septembre 1983 que, sous l'impulsion de René Monory, le Conseil général de la Vienne décide de créer un village du futur, vitrine technologique du département, contre l'image traditionnellement agricole de la région. C'est le journaliste Albert Ducrocq qui, à peu près au même moment, donna au projet le nom de « Futuroscope ». L'emplacement choisi pour le projet se situe sur les communes de Jaunay-Clan et Chasseneuil-du-Poitou, au nord de Poitiers. La conception du projet est confié en 1984 à Denis Laming. La première pierre du Futuroscope est posée par René Monory le 11 décembre 1984.
De plus, les déplacements de René Monory ont joué un rôle essentiel dans la conception du parc du Futuroscope. S'étant rendu dans de nombreux parcs d'attraction et foires-expositions de nouvelles technologies, l'élu sortit convaincu tant du pouvoir d'attraction des images que de sa volonté d'informer le grand public sur les avancées technologiques. Il se rendit à de nombreuses expositions internationales sur les nouvelles technologies, en particulier l'exposition universelle de 1985 à Tsukuba au Japon et la World Expo88 en Australie. De ses visites aux Etats Unis dans les parc d'attraction Disney, en 1984 puis en 1996 et en 1999, il retint d'abord l'idée qu'un parc d'attractions peut aussi être un espace éducatif. C'est aussi durant ces voyages aux Etats-Unis qu'il comprend qu'un grand parc d'attraction contribue à attirer les touristes sur les autres sites touristiques du secteur : c'est pour cette raison qu'il favorise alors l'ouverture en 1995 de l'Ile aux serpents à La Trimouille et en 1998 de la Vallée des singes à Romagne, deux communes du sud de la Vienne. C'est enfin à l'occasion d'un voyage à Toronto en 1985 qu'il fait l'acquisition du système de projection Imax, lequel permet au parc du Futuroscope de disposer dès son ouverture en 1987, du plus grand écran du monde.
Durant ses premières années d'activité, le Futuroscope devient à son tour une source d'inspiration pour de nombreux projets étrangers. Ainsi, l'exposition universelle de Séville de 1992 et plusieurs autres expositions internationales choisissent le Futuroscope pour annoncer leur programmation et contribuent ainsi à la renommée internationale du parc.
5.2. Autour du Futuroscope : une technopole
La zone du Futuroscope est pensée dès l'origine en trois pôles distincts mais liés les uns aux autres. Ils sont le reflet de la volonté de René Monory de « donner à la Vienne une image de département moderne et novateur », à travers trois domaines : la formation, le travail et les loisirs, pour lui les trois activités essentielles de l'être humain… Ainsi, le projet du Futuroscope représente bien plus qu'un parc à thème : les espaces dévolus à la formation et à l'activité économique font de l'ensemble de la zone une véritable technopole. La zone est subdivisée à partir de 1988 en plusieurs téléports dotés progressivement d'immeubles de bureaux regroupés autour d'un palais des congrès ouvert pour sa part en 1995.
Plusieurs de ces téléports sont dédiés dès l'origine à l'enseignement, à la recherche et à l'innovation. Le Lycée pilote innovant international (LP2I), qui fait sa première rentrée en septembre 1987, fut le premier établissement scolaire français à être entièrement câblé. Juste à côté, en décembre de la même année, est construit l'Institut international de l'innovation et de la prospective, dans un bâtiment en forme de lotus. Par la suite, s'installent notamment sur la technopole le Centre national d'enseignement à distance (CNED), puis l'Institut des hautes études de l'éducation et de la formation (IH2EF), destiné à la formation des cadres de l'éducation nationale, et enfin l'Ecole nationale supérieure de mécanique et d'aérotechnique (ENSMA), créée à Poitiers en 1948 et qui rejoint le Futuroscope en 1993. Ces initiatives successives font peu à peu de la Vienne le premier département français en matière de formation des jeunes.
5.3. Au cœur du parc : innovation technologique et grands évènements
René Monory a à cœur de montrer que les savoirs technologiques ne sont pas le privilège des spécialistes. Dès ses débuts, le parc du Futuroscope est conçu dans un but pédagogique : l'un des objectifs est de faire découvrir de manière ludique les innovations techniques du monde de demain au grand public. La plupart des attractions du parc cherchent ainsi à combiner pédagogie et divertissement. Pour y parvenir, elles recourent aux technologies les plus novatrices : dès l'ouverture du parc, le Kinémax est le plus grand écran plat d'Europe, l'Omnimax était la seule salle de ce type existant en France, la salle en 3D fut la première de ce type au monde ouverte en permanence ; c'est aussi au Futuroscope que fut installée la première attraction au monde dotée d'un simulateur dynamique.
De plus, comme il l'avait fait dans le passé à plus petite échelle, notamment autour de l'aérodrome de Loudun dans les années 1950, René Monory s'efforce d'accentuer le rayonnement du Futuroscope par l'organisation d'évènements médiatiques : étapes du Tour de France en 1986, 1987 et 1989, départ de la célèbre course en 1999 et 2000, émissions de télévision, concerts, …
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A Loudun, au Conseil général de la Vienne, au Sénat, au gouvernement et au Futuroscope, René Monory aura marqué le territoire et le paysage politique local et national. Toute une partie de la classe politique se revendique encore de son héritage. Il a donné son nom à plusieurs bâtiments publics, rues et avenues dans le Loudunais ; l'ancienne chapelle de la chambre des Pairs au Sénat est pour sa part désormais connue sous le nom de « salle Monory ». Les différentes aires du Futuroscope et son célèbre parc contribuent encore aujourd'hui à donner l'image d'une Vienne dynamique et tournée vers le futur. Plus globalement, le Futuroscope aura permis à René Monory de synthétiser la plupart des obsessions de cet élu autodidacte, bâtisseur et novateur : l'innovation technologique, la mise en valeur du département de la Vienne, les relations internationales et la transmission des savoirs.
Informations sur l'acquisition :
Don, Mme Michèle Monory, 6 juin 2017.
Historique de conservation :
Dès les années 1960, René Monory avait acquis dans la campagne au nord de Loudun le domaine de Beaurepaire, qui fut par la suite son domicile jusqu'à la fin de ses jours. Les documents qui forment le présent fonds y ont toujours été conservés. C'est Michèle Monory, fille unique de René et Suzanne Monory, qui en a fait don au Département de la Vienne le 6 juin 2017, un peu moins d'un an après le décès de sa mère le 3 juillet 2016.
Description :
Critères de sélection :
Dans la partie écrite du fonds (sous-série 138 J), aucune élimination n'a été pratiquée.
Dans la partie photographique du fonds (sou-série 38 Fi), on a éliminé les photographies en exemplaires multiples (afin de n'en conserver qu'un seul exemplaire), les supports non exploitables parce que techniquement défectueux (tirages surexposés, etc.) ainsi que les négatifs vierges. Les enveloppes qui contenaient les photographies non retenues pour figurer dans les albums ont été éliminées ; quand elles portaient des informations utiles, celles-ci ont été reprises dans la description des photographies correspondantes.
Par ailleurs, un certain nombre de photographies dont l'intérêt était purement familial ont été restituées à la donatrice, Mme Michèle Monory, au printemps 2023.
Conditions d'accès :
Archives privées
L'ensemble des documents (écrits et photographiques) est librement consultable.
Conditions d'utilisation :
L'ensemble des documents (écrits et photographiques) peut être librement reproduit, dans le respect, le cas échéant, des dispositons du code de la propriété intellectuelle pour tout usage autre que strictement personnel.
Description physique :
Description physique: Document d'archives
Nombre d'unités de niveau bas: 1409
Ressources complémentaires :
Organisme responsable de l'accès intellectuel :
Organisme responsable de l'accès intellectuel: Archives départementales de la Vienne
Identifiant de l'inventaire d'archives :
FRAD086_Monory
Personnes :
Thèmes :
Type de document :
Où consulter le document :
Archives départementales de la Vienne
Contexte de la notice :
Service d’archives : Archives départementales de la Vienne
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